So-many_fish.com est un site consacré à la pêche sportive aux leurres et à la mouche prônant le respect du poisson avant tout. Plusieurs rédacteurs passionnés étalent ici leur humeur, leurs astuces, leurs poissons, leur vie...
Ce week end, après toute une semaine pour redescendre de notre nuage, c'était l'occasion de remettre le couvert direction un nouveau joli coin assez sauvage de Moselle...
Je rejoins donc Eric au point de rendez-vous comme convenu, non pressé d'y retourner à tout prix mais plutot de savourer ce contact avec la nature. La journée a été plutôt chaude en ce vendredi et toute la faune est en activité, les renards mulotent dans les champs fraîchement fauchés, les sauterelles s'occupe de la musique d'ambiance aidées par les queues des bovins, métronomes qui battent la mesure tout en assurant leur fonction de chasseur de mouche. Ici il n'y a pas d'électricité, pas de bruits de moteur, pas de cris... toutes les conditions réunies pour passer un bon moment dans ce havre de paix.
Eric est déjà arrivé, je suis vraiment content de le rejoindre. Nous pourrions parler de poissons passés, de technique, de matériel... mais non c'est plein d'hummilité que nous nous mettons à l'eau pour un premier coup du soir tranquille, nous nous attendons à une jolie douille sur un fond de satisfaction d'être avant tout sur l'eau, alors, il n'y a rien à perdre, nous avons déjà gagné.
Et c'est avec philosophie que nous prennons cette première douille du week end, une sortie sans poisson qui fait du bien et aide à se remettre en question.
Demain, nous nous ne levons aux aurores, avant même l'heure où les premiers merles se chauffe la voix sur les premieres gammes du jour. Les gros poissons se méritte, il faut se plier à leur comportement, leurs habitudes qui bizarrement rentrent souvent en contradiction avec les heures d'activité humaine...
Je vous présente ma modeste chambre pour le week end, les nuits sont redevenues fraîches, il faudra se plier aux règles de la nature, vestes polaires de rigueur !
Les premiers pas matinaux dans la rosée froide sont assez difficiles, la nuit a été courte, je ne vois pas à 15m. Peut être ais-je encore les yeux collés par la fatigue ? non c'est bien une brume à couper au couteau qui est venue tel un manteau froid recouvrir notre terre promise.
Les bateaux sont déjà à l'eau et se suive dans un brouillard plein de promesses, je broie quelques gâteaux au chocolat en guise de petit déjeuner, une main dans la poche, l'autre sur le manche du moteur, je suis avec précision les bulles laissées par le sillage d'Eric et observe à proximité des hérons profitant de ce camouflage pour développer leurs qualités de chasseur, un moment à part.
La brume commence a s'estomper, nous pêchons littérallement dans un vivier, chaque jerk est succèdé de sauts de dizaines de petits poissons, la première tape se fait désirer mais nous sommes confiants au maximum, le poisson est là, nous le savons.
Après quelques minutes, je prends le temps d'analyser mes défauts du jour, à l'évidence je pêche à la bonne profondeur mais trop vite et peut-être avec un colori non adapté à la turbidité de l'eau qui a bien changé en quelques jours. Je change donc de jerkbait pour un leurre beaucoup plus lent avec de longues pauses entre chaque jerk. Au bout de quelques lancés, un reflet blanc caractérisque me rappelle à mes bons souvenirs encore tout frais dans ma mémoire, la canne est pliée, avec un bref sifflement j'attire l'attention d'Eric, lui jette un regard lointain plein de complicité tandis que silencieusement je lève le poing en l'air en signe de succès collectif.
Le poisson est en surface, allongée de toute sa longueur, je commente la beautée de la couleur de sa langue bleutée caractéristique des brochets ici, tandis qu'Eric est déjà en train de se prendre la tête sur la logistique à mettre en place pour décrocher ce poisson.
L'opération est délicate une fois de plus, comme sur de nombreux gros poissons, l'épuisette est alors un outil indispensable pour des poissons de cette taille. Une pince au fond de l'eau et un doigt sanginolant plus tard, je tends vers l'objectif d'Eric le résultat de nos espoirs.
Le ciel, bien que masqué, laisse place à un soleil timide de temps à autres, l'occasion de dissiper la brume et de nous réchauffer un peu tout en dérivant.
Le bras légèrement endolori par les successions de jerk, je décide de passer en pêche plus light et de rechercher la perche au leurre souple. Le sondeur devient alors un allié fidèle dans la lecture du fond et me permet très vite de sentir une tape dans le leurre.
Le lancé suivant, le lancé se concrétise par une touche que je succède d'un ferrage appuyé, c'est très lourd pour une ML et ma tresse bouge lentement lattéralement... J'ai tout de suite compris que j'allais dérouiller quoiqu'il arrive et Eric ne se prive pas de me signaler avec un rire enthousiaste, que j'en ai au moins pour une demi-heure...
Le combat est honorable, j'arrive bien à manoeuvrer le poisson et le fait monter en surface sous les vingt minutes.
C'est une femelle gestante, dont l'abdomen est rempli d'oeufs, l'eau est à 17°c ce matin, la fraie va bientôt débuter, nous ne la dérangeons pas plus longtemps.
L'activité est maintenant bien retombée, Eric loupe quelques becs en bordures pendant que j'essaye tant bien que mal de trouver queqlues perches dont l'estomac ne serait pas encore gavé d'alevins.
Un vent tourbillonant se lève et nous invite à quelques temps de repos, le soir arrivera vite il faudra être opérationnel.
C'est donc avec peu de matériel, que nous repartons sur une autre partie du parcours, nous peignons méthodiquement les bordures en herbes avec de gros leurres souples. Eric loupera un brochet sur une touche très compliquée à lire, tandis que je ferai taper un petit sandre rageur sur un leurre presque aussi gros que lui.
La nuit commence doucement à tomber, sur un poste clé, mon texan se stoppe net et je sanctionne la touche par un ferrage. C'est un sandre correct plein de vitalité qui rejoins le bateau. Nous pensons que la fraie est terminée mais nous n'en sommes pas certains... Nous prenons donc la délicatesse de remettre chacun de ces poissons à l'endroit même où nous l'avons piqué. Nous sommes mi-mai, sur l'eau en train de pêcher, les risques de déranger des poissons en fraie sont là, nous en mesurons l'impact tous les deux et au fond c'est bien là le principal.
Les paupières lourdes, une deuxième nuit dans mon palace m'attend. Pour le lendemain, nous décidons de partir en expédition sur un autre bief, la découverte d'un nouveau cadre, la recherche de la difficulté font de cette passion tout son attrait.
Les bateaux sont donc catapultés a l'eau le lendemain sur une mise à l'eau sauvage rock n' roll... Paul, Gérard et Emilie sont de la partie pour cette sortie mystère...
Et de mystères, il n'y en aura presque pas... ou plutot si, cette sortie révèlera difficilement le potentiel de ce bief, il faudra donc la recommencer.
Toujours dans un soucis de complémentarité, je pêche à proximité d'Eric, il peigne les bordures encombrées tandis que je test le potentiel de la berge opposée, garnie de nénuphars et autres algues filamenteuses dont j'ai honte de ne pas connaître le nom...
Je comprends assez vite qu'il a adopté la technique la plus à même ammenant au succès aujourd'hui, j'essaye tant bien que mal de faire bouger queqlues poissons innactifs de mon côté tandis qu'Eric enfonce le clou et signe... Je dois me rendre à l'évidence, les gros leurres souples des pays nordiques sont plus efficaces sur nos eaux que nos "gros" leurres à black bass conçus au japon.
Un poisson âgé et hors norme...
La pluie vient se joindre à nous ainsi que des rafales de vent rendant la pêche encore plus difficile, un bon moment pour se retrouver pour le déjeuner sur une petite île abritée et savourer les bulles d'Emilie qui fête son brochet de la semaine passée.
Le week end se termine ainsi, avec beaucoup de centimètres de poisson pour ce type de pêche, plus que les techniques employées, c'est avant tout l'expérience qui a primé sur ces deux jours.
Un dernier clin d'oeil d'Eric en signe d'aurevoir me réchauffe le coeur, qu'il fait bon d'être de si bons "intrus" dans la nature en sa compagnie.
Une mouche de mai vient se poser sur mon moteur avant, elle lève la première patte avant gauche et me fait comme un signe d'au revoir. Je la regarde avec un sourrir non dissimulé puis lui fait également et spontanément un signe de la main, elle s'envole, me laissant seul retourner à mon traintrain hebdomadaire tandis qu'elle doit lutter contre le temps pour accomplir la tâche de sa vie éphémère...
Ce court moment, seul, restera marqué dans ma mémoire comme un point d'orgue d'un nouveau très bon week end.
Combien de centimètres ? Beaucoup.... Mais si peu de temps pour les accomplir !